
La scène
comme langue maternelle
Sandrine Poujol — Metteure en scène · Dramathérapeute · Autrice
« Le théâtre ne m'a pas choisie. C'est moi qui l'ai choisi — encore et encore, depuis plus de trente ans, comme on revient à quelqu'un qui vous connaît mieux que vous-même. »

— On vous présente souvent comme metteure en scène, autrice, dramathérapeute… Comment vous définissez-vous, vous ?
Comme quelqu'un qui croit profondément que le plateau de théâtre est l'un des rares endroits où l'on peut, enfin, être pleinement soi. Toutes ces casquettes convergent vers la même conviction : la scène transforme. Pas métaphoriquement. Concrètement. Dans le corps, dans le regard, dans la façon d'occuper l'espace — et donc la vie.

— Il y a trente ans que vous pratiquez le théâtre. Qu'est-ce qui reste intact depuis le début ?
L'émerveillement. Ce moment où quelqu'un — une enfant timide, un adulte qui dit « je ne sais pas jouer » — se retourne et s'étonne lui-même. Ça ne s'habitue pas. Et c'est précisément pour ça que je continue. Chaque groupe est une nouvelle partition à déchiffrer ensemble.
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— Votre master en dramathérapie à la Sorbonne Nouvelle a changé quelque chose dans votre approche ?
Il a nommé ce que je faisais déjà intuitivement. La dramathérapie m'a donné un langage précis pour comprendre pourquoi le jeu guérit, libère, relie. Aujourd'hui, je travaille à l'intersection de l'art et du soin — et c'est là, dans cet entre-deux, que les choses les plus puissantes se produisent.
— Le théâtre-forum est au cœur de votre pratique. Pourquoi cette forme en particulier ?
Parce qu'il refuse la passivité. Le théâtre-forum dit au spectateur : tu n'es pas là pour regarder — tu es là pour changer le cours de l'histoire. C'est une métaphore parfaite de ce que j'espère pour chacun de mes élèves : passer de témoin à acteur de sa propre vie. Et dans un groupe, quand ça se produit pour l'un, ça résonne pour tous.
— Vous parlez souvent de « mettre en harmonie les singularités ». C'est votre signature ?
C'est ma raison d'être. Je n'ai jamais voulu formater. Je veux révéler. Chaque personne arrive avec une histoire, un corps, une façon unique d'habiter le monde — et mon rôle est de trouver comment cette singularité devient une force collective. Un spectacle réussi n'efface pas les différences. Il les orchestre.


« Sur scène, on n'apprend pas à jouer un rôle.On apprend à oser être — vraiment. »